Le contexte
En fondant l’association Les Imaginaires en Transition il y a quatre ans, j’ai souhaité y développer une approche atypique dans l’accueil touristique : faire découvrir des territoires en Occitanie, à travers celles et ceux qui en gardent la mémoire, en prennent soin, les restaurent et le font évoluer.
Convaincue que le voyage peut être bien plus qu’un simple acte de consommation, j’ai souhaité aller plus loin avec cette approche de tourisme régénératif, allant vers une démarche qui ne se contente pas de préserver ou de militer pour une autre façon de recevoir, mais qui restaure activement les individus grâce au changement de regard, mais aussi les écosystèmes naturels et les tissus sociaux, en redonnant à chacun, hôte ou visiteur, la possibilité de s’investir dans une relation symbiotique avec son environnement.
Plonger dans le projet de recherche-action RE-LIER porté par l’Université Savoie Mont-Blanc aux côtés d’Elsa Brindazur, chercheuse terrain, et de mes partenaires a été une révélation.
Le projet vise à aider des territoires volontaires à co-construire avec les professionnels locaux qui accueillent et les habitants, des séjours qui révèlent l’âme du territoire et de tous ceux qui y ont vécu et y vivent aujourd’hui pour offrir aux visiteurs l’opportunité de percevoir autrement ce lieu d’accueil, changer de regard sur le sens de ce voyage et peut-être, à terme, choisir de contribuer positivement aux projets locaux de restauration en cours.
Les ateliers
Les premiers ateliers de ce projet de 18 mois, facilités par Elsa, m’ont confrontée à mes propres liens avec les participants, ainsi qu'à des liens parfois invisibles avec le territoire, bien au-delà de ce qui est visible dans les paysages. Ces ateliers, parfois déstabilisants, ont révélé des couches de sens insoupçonnées, tant pour moi que pour les participants des différents groupes.
Le dernier atelier, Traces d'Histoire, a été un voyage dans le temps où la mémoire des lieux a éclairé nos choix présents. C'est précisément ici que j’ai vu la dimension réflexive véritablement prendre tout son sens : cette démarche qui invite le voyageur à interroger par lui-même sa propre place dans l’écosystème, sa contribution possible, à questionner les récits dominants et à co-construire une relation éthique avec ceux qui vivent ici et prennent soin de ce territoire. En comprenant, à travers les traces du passé, comment les écosystèmes et les sociétés se sont façonnés et parfois fragilisés, nous souhaitons amener les futurs visiteurs à mieux saisir en quoi prendre soin du territoire en tant que système vivant représente une opportunité de sortir de la sidération et de la peur pour reprendre en main ensemble notre présent et notre futur.
Certains exercices, inhabituels, ont demandé un effort d’introspection. Et c’est précisément cette vulnérabilité, en nous bousculant, qui a fait émerger la question essentielle autour de la confiance au processus. Ces moments, bien que parfois inconfortables, ont pu permettre de tisser des liens plus profonds entre les participants et ont pu contribuer à renforcer notre cohésion.
Tout n’est pas encore complètement fluide, mais je mesure la force de ce qui se construit dans la durée et je fais confiance à Elsa et à la démarche. Aujourd’hui, je mesure encore plus son ampleur : co-construire une offre de tourisme régénératif avec ceux, professionnels, habitants porteurs de projets engagés, qui accueillent les visiteurs et dévoilent la réalité de leur quotidien, le sens de leurs engagements, leurs doutes, leurs démarches et leurs espoirs, c’est l’acte fondateur et radical qui permet de se réapproprier en profondeur son propre territoire et nourrir les liens avec celles et ceux qui le façonnent : clés de résilience territoriale et d’impact sur l’avenir. Les défis sont encore nombreux, mais l’urgence écologique et sociale rend, à mon sens, cette aventure indispensable.
Remerciements
Je remercie toutes celles et ceux qui y participent de près ou de loin en étant réceptifs à cette démarche pionnière : les habitants, les prestataires touristiques - l’office de tourisme du Limouxin, le Parc Naturel Régional Corbière Fenouillèdes - les structures et les hôtes qui nous ont reçues chez eux : la ferme la Coume Sourde, la ferme expérimentale La Sauzède & le low tech lab, Le Cammas Blanc, le refuge du Cardou, Almatierra - Joseph Dugast écoentrepreneur, La Bonne Fame au Carla, la Mairie de Luc-sur-Aude et d’Alet Les Bains, le Château de Ducs de Joyeuses et la Coopérative Audyssées, sans oublier les futurs hôtes !
Prochaines étapes
Les prochains ateliers auront lieu à partir de septembre.
Nous aurons également l'occasion d’évoquer l’expérience au cours du 1er voyage de découverte que nous organisons avec notre partenaire Defismed du 9 au 12 octobre prochain en Haute Vallée de l’Aude où soirées-débats, visites et rencontres avec des actrices et des acteurs sur le terrain sont programmées. Bienvenue dans l'aventure !
Le projet Re-Lier
Remettre l’activité d’accueil des visiteurs au service du Vivant par le changement de regard
Retrouvez le projet de recherche ici
